mercredi 21 décembre 2011

Des mineurs entre hôtels et squats

Source: Vanessa Lhuillier et Martine Vandemeulebroucke, Le Soir (03/12/2011) 

Asile, des associations d’aide aux jeunes menacent d’assigner l’Etat

Jamais les mineurs étrangers non accompagnés (Mena) n’auront été aussi nombreux en Belgique. Ils étaient 1.291 fin septembre 2011 contre 896 en 2010 et 384 il y a cinq à peine. Ils sont aussi de plus en plus nombreux à se retrouver livrés à eux-mêmes dans la rue ou dans des hôtels. Ils sont deux cents dans les hôtels, et les associations bruxelloises d’aide en milieu ouvert (AMO) estiment qu’une centaine vivent dans des squats.
La crise de l’accueil touche durement ces jeunes. « Ceux qui demandent l’asile se voient attribuer un hébergement inadéquat dans des hôtels, sans accompagnement social et pédagogique adapté à leur âge. Les autres sont exclus du réseau d’accueil de Fedasil », dénonce Charlotte van Zeebroeck, coordinatrice du projet Menamo, qui regroupe notamment douze services d’aide en milieu ouvert.
En mettant ainsi ces mineurs en danger, la Belgique ne respecte pas la Convention des droits de l’enfant. Le problème n’est pas neuf, mais il épuise les associations qui tentent de venir en aide à ces jeunes.
La toute grande majorité des Mena présents en Belgique sont des Afghans, des Guinéens et des Irakiens. Les Afghans sont majoritaires à Bruxelles. Ce sont surtout des garçons âgés de 15 à 18 ans. Ils sont quasi tous demandeurs d’asile et donc en principe mieux protégés que les autres. Mais il leur faut attendre, dans les hôtels, que l’Office des étrangers s’assure de leur âge par un examen osseux, que l’on vérifie leurs documents d’identité puis que le service de tutelle leur attribue un tuteur. Cela peut durer quelques semaines mais parfois aussi quelques mois. Pendant cette période, ces jeunes restent seuls, sans accompagnement éducatif. Ceux qui ne sont pas demandeurs d’asile sont tout simplement abandonnés.
« A l’hôtel, il y avait des gens de Fedasil qui venaient apporter des chèques-repas, le mercredi, raconte ce jeune Algérien. On recevait six euros par jour. Pendant la journée, il n’y avait rien d’autre à faire que d’attendre que le temps passe. »

Le « job » du Fédéral
Les AMO comblent comme elles peuvent les lacunes des pouvoirs publics. Certaines offrent un hébergement de très courte durée, de quoi manger et laver le linge. Mais officiellement, l’aide à la jeunesse ne prend pas les Mena en charge. Pour la Communauté française, ils dépendent du fédéral. En dehors des AMO, les autres associations d’aide à la jeunesse ne se bousculent pas pour les héberger. « C’est un public qu’elles jugent trop difficile, trop différent de celui qui leur est confié par le juge de la jeunesse. Les Mena font un peu peur », constate Charlotte van Zeebroeck. Si elles le font, c’est contraintes et forcées. Lorsque le parquet de la jeunesse le leur ordonne. Les jeunes qui vivent dans la rue, sans moyens de subsistance, n’ont souvent d’autre possibilité que voler, constate la coordinatrice de Menamo. S’ils se font prendre, ils seront envoyés vers des structures d’accueil.
Face à cette absurdité et au constat qu’aucun changement dans l’accueil des Mena n’intervient depuis plus de deux ans, les associations envisagent d’agir en justice contre l’Etat dès janvier 2012. Avec peut-être l’espoir de ne pas en arriver là et de voir un gouvernement de plein exercice réagir enfin.